Tendresse et rage

Le livre

Dysfonctionnelle

En attendant de se plonger dans Cœur battant, le dernier livre d’Axl Cendres, dégustons ensemble son roman précédent. Il figure au panthéon des lectures préférées de mes deux co-blogueuses et pour moi c’est l’occasion de découvrir l’écriture de la dame.

La narratrice, « Fidèle, alias Fifi, alias Bouboule » est donc issue d’une famille « dysfonctionnelle » : grouillante, chaleureuse, violente, bande de bras cassés et d’écorchés vifs qui survivent tant qu’ils peuvent aux traumatismes de l’histoire et à ceux de l’intime. Sid-Ahmed le père, est patron de bar et braqueur à ses heures. Natacha sa femme, est une juive polonaise transformée en catholique fervente et doucement dingo pendant la guerre. Le portrait de ce couple, de leurs 7 enfants, de la grand-mère Zaza, et de l’oncle plein de ressources, va croiser celui du grand amour que Fidèle vit avec la belle Sarah, tout aussi violent, mouvementé, passionné que celui qui lie les membres de cette famille, et finalement salvateur.

Dysfonctionnelle est une fresque façon mosaïque, au rythme trépidant et à la narration déconstruite. Les scènes se succèdent avec des bonds de cabri entre les époques et les saveurs de lecture : chaleureuse et enveloppante comme le couscous d’une grand-mère aimante ; douce et sucrée comme les baisers d’un premier amour ; enivrante comme une soirée de beuverie, âpre et âcre comme son lendemain ; savoureuse comme une demi-douzaine d’huîtres, et parfois amère, amère, amère comme l’eau salée quand la vie vous fait boire la tasse.

Pourquoi on aime ?

D’abord parce qu’Axl Cendres possède une écriture à vous écheveler, et qu’elle est capable de tout : de vous bosseler de rire, puis de vous tirer des larmes à la page suivante. Impressionnante de maîtrise, elle vous cause des choses de la vie qui sont finalement les plus graves, les plus terribles, avec un mélange de violence et de légèreté ; de brusquerie et de pudeur.

Parce qu’on s’attache à ces personnages et à ces vies qui ressemblent si fort à la vie. Nos vies à nous sont peut-être moins bien racontées, mais l’écriture elliptique d’Axl Cendres garde après tout elle aussi ses parts de silence. Qui ne possède pas dans son histoire familiale, dans son histoire affective, des zones d’ombres, des ecchymoses terribles, des gouffres ; qui cohabitent avec la joie, et des choses qui consolent à la même mesure ? Pour mes 20 ans, j’avais reçu en cadeau de ma mère un très bel album de chansons yiddish, dont le titre me semble entrer parfaitement en résonance avec ce roman : Tendresse et rage.

Parce qu’il y a un happy-end.

Parce que tout ça ne serait pas complet sans la bouffe, qui console, réconcilie, rappelle à la mémoire, raconte elle aussi. Et il y en a tellement dans Dysfonctionnelle qu’on peut vraiment cuisiner à toutes les sauces.

Qu’est-ce qu’on mange ?

Notre choix s’est porté sur le Nutella, prétexte à des scènes délicieusement awkward, drôles et attendrissantes, puisque Fidèle-Bouboule s’enfile systématiquement un pot entier, avec les doigts s’il vous plaît, dès qu’elle tire sur un pétard. Et se réveille le lendemain couverte de pâte à tartiner sans le moindre souvenir de son forfait.

nutella

Ne reproduisez rien de ça chez vous les jeunes

On aime le Nutella nous aussi, mais encore plus si c’est fait maison et sans huile de palme.

Giulatella, c’est à toi.

Le Nutella maison de Michalak

Faire une pâte à tartiner maison ? Genre de A à Z, vraiment ? Ok challenge accepted ! Direction la version du célèbre pâtissier Christophe Michalak. Au final ce n’est pas si compliqué mais il faut avoir les bons ustensiles, notamment un mixer qui pourra tantôt réduire en poudre les ingrédients, tantôt liquéfier peu à peu la préparation grâce à la vitesse des lames et l’huile des noisettes.

C’est bien beau tout ça, mais il faut quoi ?

270g de noisettes
120g de sucre en poudre
150g de sucre glace
150g de chocolat au lait (à 40% de cacao au moins)
25g de poudre de lait (dans le même rayon que le lait concentré)
10g de cacao non sucré en poudre
5g d’huile de pépins de raisins
3g de sel fin

On y va ? C’est parti pour une recette en 3 étapes et environ 45 minutes de préparation.

Mettre les noisettes sur une plaque allant au four et faire torréfier (=chauffer) à 180° pendant 20 minutes. La peau va devenir quasi noire, c’est normal !

Pendant ce temps, on s’occupe du caramel et on reste devant la casserole (ma première tentative a fini à la poubelle :D)
Verser 1/3 du sucre en poudre (donc 40g) dans une casserole sur feu vif. Pas au maximum non plus sinon ça va brûler… Quand le sucre commence à fondre, mettre le second tiers. Lorsque c’est fondu à moitié, ajouter les 40g restants.
Attention, il ne faut pas remuer le sucre mais faire des mouvements circulaires avec la casserole pour l’aider à fondre.
Une fois le sucre fondu, on y ajoute le sel.

C’est finalement assez rapide et peut-être l’étape la plus stressante de la recette (pour ma part !).  Une fois le caramel prêt, le verser sur du papier sulfurisé et le laisser refroidir.

Les noisettes sont prêtes ? Parfait ! Mettez les dans un torchon et frottez les, vous allez voir qu’une bonne partie de la peau s’en va (pas la peine de chercher à tout retirer).

Les noisettes d’un côté, le caramel de l’autre : c’est parti pour mixer. Prendre 120g de noisettes (le reste sert pour une prochaine étape) et le caramel cassé en morceaux puis mixer le tout : on obtient du pralin. On met ça de côté car il va falloir se resservir du mixer juste après.

Etape 2 :
Faire fondre le chocolat (à la casserole/bain marie/micro ondes, au choix) puis réserver.

Mixer le reste des noisettes (150g) et le sucre glace. Ajouter le chocolat puis mixer à nouveau : cela fait une sorte de gianduja dont les effluves sont particulièrement appétissantes…

Dernière étape (allez, courage !)
Ajouter le reste des ingrédients (poudre de lait, huile, cacao en poudre et pralin réalisé au début) au gianduja et mixer pendant environ 5 minutes.
La durée est estimative et dépend du mixer : plus le temps est long plus la préparation sera liquide, pensez donc à regarder régulièrement pour stopper lorsque la texture vous convient.

Hop, c’est fini ! Et là vous êtes fier d’avoir réalisé votre propre pâte à tartiner maison qui se garde environ 15 jours à température ambiante.

Et sur quoi on tartine pour goûter ça ? Ambramissu une idée ?

« Même avec une chose que tout le monde croit perdue,

on peut faire quelque chose de merveilleux »

Le pain perdu

C’est une de mes citations préférées du livre tant elle reflète la tendresse et la bienveillance de Zaza. En plus le pain perdu chez moi c’est une institution familiale, le moment douillet des dimanches pluvieux après être allé se promener dans le froid et l’humidité.

1 miche de pain dur minimum de la veille (avec une croûte pas trop épaisse).

Pour la pâte :

3 c à soupe de farine dans laquelle vous ajoutez un à un

6 oeufs puis

1/2 litre de lait

2 sachets de sucre vanillé

1 lichette d’extrait de vanille

1 lichette de rhum (moi je prends du rhum arrangé c’est encore meilleur)

1 lichette de fleur d’oranger (n’oublions pas que Zaza est Kabyle)

Une fois que la pâte est bien homogène et liquide on laisse tremper les tranches de pain dur jusqu’à ce qu’elles soient bien ramollies, puis on les dépose dans une poêle frémissante de beurre (j’aime cette association de mots). On fait dorer chaque face. Et on répète l’opération jusqu’à disparition complète de la miche.

Ensuite soit on saupoudre de sucre quand c’est encore chaud, soit on tartine de Nutella en mode Bouboule style.

Aller régalez-vous et essayez de ne pas trop pleurer (de rire, de tristesse et de tendresse).

Et pour la bande-son du livre c’est par ici sur spotify.

Par Ambrownie à la lecture et Giulatella et Ambramissu aux fourneaux.

3 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Mamounette dit :

    J’ai dévoré Dysfonctionnelle avec gourmandise et émotions, à la hauteur de ces souvenirs gustatifs de mon enfance, dans une famille dissonante dite ‘ »nombreuse » où l’amour ne se prononçait pas mais se partageait, devant un goûter ou même un dîner concocté  » à la fortune du pot », pas de Nutella ça va de so …Du pain perdu qui garde aujourd’hui le goût des années perdues, mais qui se perpétueront dans la cuisine de mes enfants où mes petits enfants tremperont leurs doigts à la manière d’Ambramissu. Rires, larmes, émotions, la recette d’un bon livre. Merci pour cette découverte mon chat bleu.

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s