Constellations et consolation

Le livre

Stéphane Servant a décidément bien des textes à sa plume. Il y a quelques semaines, nous avons goûté l’album Cinq minutes et des sablés. Ce lundi, on s’intéresse à sa casquette auteur ado, et on passe à la casserole son dernier roman, unique incursion du monsieur dans le genre « science-fiction post-apocalyptique » : Sirius.

Avril et Kid vivent à la cime d’un chêne, abrités par les étoiles, lisant et se calfeutrant en suspension au-dessus du vestige du monde que nous connaissons. Sous la douceur apparente des premières pages se cache une terre aride, vouée à disparaître. Les grands arbres tel ce chêne-maison sont les derniers témoins de ce qui fût : Ici, plus rien ne pousse, les animaux ont presque tous disparus, plus aucun enfant ne vient au monde et les derniers survivants s’entretuent. Au sein de cet univers stérile, l’amour fraternel qui unit Avril et Kid semble une dernière petite lueur de chaleur, de confort, et d’espoir.

Et pourtant cette lueur vacille. Tandis ce que Kid semble peu à peu perdre pied avec le langage, le sombre passé d’Avril, traquée par un mystérieux groupuscule, ne tardera pas à les jeter sur les routes.

Pourquoi on aime ?

Épopée trépidante, où se mêlent nature inhospitalière et villes tentaculaires ; où les rares moments de douceur offrent des pauses aussi fragiles que des chandelles ; Sirius est un roman où se côtoient des abîmes de noirceurs et des espoirs brillants. Servant y travaille des traumatismes collectifs et questionne la violence au cœur de l’homme. Il offre aussi un chemin possible : la vie résiste, et appelle la vie. Dans cette nature inhospitalière, le vivant trouve un chemin.

Cette capacité de résilience s’affirme d’un texte à l’autre chez Servant. Ses personnages traversent accidents de vie, rejets, abandons et souffrances terribles ; mais tout cabossés qu’ils soient, ils en ressortent toujours avec des capacités d’amour, de reconnaissance et de pardon. Et in fine se voient toujours offrir des horizons.

Sirius propose tout cela d’une façon qui est non seulement très digeste (c’est à mon sens l’un des romans ados de Servant les plus accessibles), mais également bien menée sur un plan narratif. L’univers post-apocalyptique est solidement planté ; et le format de la quête-fuite qui propulse Avril et Kid sur les routes est soutenu par un rythme maîtrisé, qui ménage au lecteur des pauses d’une beauté folle, telles des alcôves dans la lecture.

Qu’est-ce qu’on mange ?

Parmi ces alcôves, nous avons trouvé de l’inspiration dans les tendres scènes en compagnie de Madame Mô. Grand-mère putative d’Avril et Kid, sa maison constitue un havre de douceur, un dernier bastion du monde d’hier, une bibliothèque, et un lieu nourricier. Éminente cuisinière, elle confectionne à partir de farine de pois chiche de délicieux beignets dont le simple souvenir permet à Avril et Kid de reprendre force.

Nous nous sommes interrogées sur ce que pouvaient être ces beignets de pois chiches, et sur la recette à proposer. Nous avons notamment pensé aux pakoras, délicieux beignets d’origine indienne. Mais comme je suis un peu pénible, j’avais envie d’un plat qui ait pour moi autant de puissance mémorielle, autant de capacité de réconfort que pour Kid ; et dont le goût soit comme une maison.

Du coup j’ai demandé à Ambramissu de préparer des falafels.

Ces beignets de pois chiches, originaires du proche-orient, ne sont probablement pas ceux dont raffole Kid. Ils sont liés pour moi à une grand-tante aussi généreuse et aimante que Madame Mô, et à des souvenirs d’enfance et de consolation dans la tourmente : c’est un souvenir gustatif précieux.  Ils sont délicieux chauds, avec de la téhina et des crudités, lovés dans un pain pita.

Les falafels post-apocalyptiques

Comme l’a dit Ambrownie, quand on a voulu se lancer dans la recette, nous étions hésitantes. Kid parle sans arrêt de beignets, de  pois chiches et de farine, cependant point de farine dans les falafels. Mais finalement notre intuition a été confirmée par Stéphane Servant en personne, puisque l’auteur nous a conseillé une recette de falafel.

Voici notre recette revisitée, suite a une première tentative absolument ratée.

Pour une trentaine de falafels :

500g de pois chiches secs

1/2 botte de coriandre, ou 1 sachet fraîcheur entier de coriandre fraîche

1/2 botte de persil ou 1 sachet fraîcheur entier (ceux qu’on trouve avec les salades au supermarché)

Une Poignée de jeune pousse de moutarde (petite touche personnelle suite aux courses chez La Ruche qui dit oui)

3 gousses d’ail

1 petit oignon

1 c à café de cumin

1 c à café de coriandre en poudre

1 c à café d’épices à colombo

2 c à café de piment doux

Du sel

1 c à café de bicarbonate de soude

2 c à soupe d’huile d’olive

Attention les falafels ne peuvent pas être préparés au débotté. En effet, il faut faire tremper les pois chiches 24h dans un saladier d’eau, puis les laisser sécher sur une plaque, et les essuyer avec un torchon (propre, précise la recette originale, est-ce nécessaire ?). Il est apparemment primordial que les pois aient bien gonflé et qu’ils ne soient plus humides. Pour ma part, vous connaissez ma patience légendaire, je les ai passés un petit coup au four à 160° pour évaporer les dernières traces d’eau.

Ensuite pour votre santé mentale munissez vous d’un grand robot mixeur (j’ai un tout petit peu galéré avec mon robot pour les purées de bébé, j’avoue), ou alors réduisez les doses.

Là c’est facile, on met tout dans le robot et on mixe par petits coups, jusqu’à l’obtention d’une préparation bien fine.

On forme ensuite des petites boules compactes au creux de la main. Pour ceux qui n’aiment pas se salir (perso plus ça gadouille plus je kiffe cuisiner), vous pouvez vous servir d’un moule demi sphère en silicone. Du coup vos falafels seront un peu plats (mais on ne juge pas au physique c’est moche).

Ensuite les ennuis commencent.

En plus de ne pas avoir de mixeur digne de ce nom je n’ai pas non plus de friteuse (allô quoi la meuf elle tient un blog de cuisine elle a pas de friteuse, allô). Du coup le mode friture dans une poêle, avec des plaques de cuisson électriques, ben c’est loupé. C’est pas assez doré, trop gras, les falafels s’effritent et ne tiennent pas à la découpe, bref la cata-apocalyptique.

Du coup j’ai recommencé sous les conseils avisés de Ambrownie, j’ai pris ce qu’il me restait de « pâte », j’ai reformé des falafels bien ronds et bien denses et j’ai mis tout ce petit monde au four à 200° (oui, faut pas trop me chercher non plus).

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Miam

10 minutes plus tard j’ai obtenu des falafels parfaitement dorés, croquant sur le dessus, qui se tiennent quand on croque dedans. Il sont plus secs que frits, je vous le concède mais une fois trempés dans la téhina, dans le houmous, ou avec une salade ils sont parfaits ! Et puis en plus vous serez calés pour toute votre lecture de Sirius, et ça c’est drôlement malin.

 

Par Ambrownie à la lecture, et la vaillante Ambramissu aux fourneaux

 

 

 

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