Portrait gourmand d’Anne-Fleur Multon

Alors que nous attendons le troisième tome d’Allô Sorcières avec beaucoup d’impatience, pratiquement la bave aux lèvres tant on se demande quelles nouvelles gourmandises Anne-Fleur Multon a pu nous concocter, l’autrice a accepté de réduire cette attente insupportable en nous laissant lui tirer le portrait gourmand.

Le portrait

Pour concocter un livre d’Anne-Fleur Multon il vous faut :
200g de personnages badass et attachants
250g de féminisme
150g de suspens

Une louche de mystère

500 ml de sujets de société (le sexisme dans les jeux vidéo, le racisme, la grossophobie, Youtube,…)

Un chaudron de sorcière pour mélanger le tout
Pour une série qui déchire, multipliez les doses par 4.

 

 

  • Un plat d’enfance

J’hésite entre le gâteau aux pépites de ma maman, celui du goûter d’après école et des gros chagrins (à dévorer évidemment tout de suite sorti du four, encore fumant et quand les pépites de chocolat sont fondantes-coulantes) ou le taboulé avec des petits oignons grelots qu’on ne mangeait qu’en pique-nique, qui avait un peu le gout amer du gros Tupperware orange dans lequel il avait mariné toute la matinée, qui se fondait avec le sel de la mer qu’on avait encore sur les lèvres. On l’avalait à toute vitesse, avant de remettre masques et tubas – c’est un peu un goût de dimanche pour moi.

  • Un plat vite-fait

Ma trusty quiche aux poireaux, ou la soupe de potimarron (le feu).

  • Un plat réconfort

Des crêpes. Je fais toujours des crêpes quand je suis un peu triste, ou quand un-e ami-e vient me voir à la maison avec le cœur gros. Sur la crêpe, on peut mettre toutes les bonnes choses qui rendent heureux, et ça sent délicieux dans toute la maison. Parfois, je les fais avec de la bière, et c’est encore meilleur.

  • De la junk food

Honnêtement, je mange assez peu de junk food. Les ramens toutes prêtes, qui sont un bon souvenir de mes années étudiantes ? Le paquet de Pringles sour cream dévoré après la danse ? Un bon shawarma libanais dégoulinant d’houmous, les soirs de flemme ?

  • Celui que tu aimes le plus préparer

Les salades d’été, avec de la mozzarella en quantité indécente, des bonnes tomates charnues du jardin, de l’huile d’olive, un trait de vinaigre balsamique, et de la ciboulette. J’aime bien les choses simples, avec des goûts qui remplissent la bouche et qui font des frissons dans le bas du dos. 

  • Un irrésistible

L’œuf à la coque. Petites mouillettes de pain frais débordantes du beurre, parsemées de gros sel, puis plongées dans le jaune coulant. Avec une grosse cuillère, on peut ramasser le blanc encore crémeux contenu dans le chapeau, d’un coup, puis le gober. Le paradis.

  • Celui qui te révulse

Il y a deux ans, je suis allée à un mariage d’ami-e-s dans la région lyonnaise, et pendant le vin d’honneur, j’ai fait la connaissance d’une spécialité qui a failli provoquer un incident diplomatique (j’ai recraché la chose de façon assez peu élégante sur le sol, au milieu d’un groupe de gens qui ne m’avaient jamais rencontrée) – je parle bien sûr du grattons lyonnais (basiquement des résidus de viande de porc frits dans du gras de canard). Qui sont les personnes qui aiment ça ? Quel est leur réseau ?

  • Celui qui te fait voyager

Le poulet Yassa. Je suis végétarienne, donc je ne mange plus d’animaux, mais la sauce Yassa c’est le meilleur truc de la terre. Il y a du jus de citron, du riz, des oignons marinés puis revenus dans de l’huile, du piment, du laurier, des olives, de la moutarde… C’est juste divin, et ça me rappelle mon amie Yeleen, dont la maman, d’origine sénégalaise, nous cuisinait souvent un yassa.

  • Un bonbon

Les schtroumfs (surtout le rouge), les langues de chat qui piquent, les mini bouteilles de coca, les rouleaux de réglisse et les petites boules noires (les autres sont moins bonnes, fight me). Et j’aime le concept des fraises Tagada mais malheureusement, j’ai toujours été déçue par le goût.

  • Une pâtisserie

Les fruits déguisés de noël et les loukoums à la rose (surtout les énormes de la mosquée de Paris, qu’on peut mordre à pleine bouche et qui font voler des paillettes de sucre glace dans toute la galaxie à chaque respiration) (je sais, ça fait deux, je suis trop gourmande)

  • Une saveur

À égalité, l’acidité et le goût puissant, musqué, de la truffe.

  • Une boisson

Un côte du Rhône en terrasse, l’hiver, ou un pastis, n’importe quand.

  • Un restaurant

Le premier qui me vient en tête, c’est le restaurant Kodawari Ramen, dans le sixième, qui fait des ramens (comme son nom l’indique) absolument irrésistibles, à grand renfort de champignons eryngii parfaitement laqués, de chahus de pottimarron fondants, de racines de gobo sautées… Avec des options végétariennes à tomber par terre, et dans un décor complètement étonnant (je ne vous en dis pas plus, pour garder la surprise). En plus, c’est une personne précieuse qui me l’a fait découvrir, et je trouve que c’est ça, l’intérêt de la bouffe : rassembler les gens qui s’aiment.

Bon, et je rajoute le Waikiki Café, à mon avis très partial le meilleur bistrot de Paris, avec ses petits habitués adorables, et les plus gentils patrons de la terre, qui sont comme une famille pour moi ; c’est de là que j’écris mes histoires. Qu’on y entre pour la première ou pour la cent-seizième fois, on est toujours accueilli par les mêmes sourires chaleureux et cette bonne odeur de café qui nous donnent cette impression formidable d’être arrivé à la maison. Allez y faire un tour de ma part, vous serez reçu-e-s comme des princes-ses !

  • Un livre à croquer

Le ventre de Paris, de Zola. Un chef d’œuvre en forme de gueuleton infini, avec des descriptions de bouffe qui ne peuvent que vous faire saliver. Petite mention spéciale pour le pavillon des fromages, qui est si bien raconté qu’il rendra à tout jamais impossible ma transition vers le véganisme. À lire avec un truc à grignoter, comme quand on regarde Top Chef, mais en pire. Ou en mieux.

Big up aux orgies ripaillesques des Petites reines de mon amie Clémentine Beauvais, un roman boudiné où on se ressert volontiers en mots délicieux et juste gras come il faut ❤

  • Un plat de roman qui t’aurait marquée

Le goûter de pirate partagé par Mary, Colin Dickon dans Le jardin secret, de Frances H. Burnett, l’un des romans que j’ai le plus relu. Au milieu des pousses vertes et des perce-neiges timides, dans la chaleur d’un des premiers après-midis de printemps, on déguste sur du bon pain de campagne de la confiture de baies sauvages, de la crème épaisse des landes, des pommes de terre en chemise cuites au four. Un festin de roi.

  • Le plat des soirées/goûters entre potes

À chaque fois c’est différent, mais en général, je suis connue pour ramener pour le dessert, ma spécialité : le broyer du Poitou (une magnifique région, où l’on mange très bien !). Du beurre (beaucoup), de la farine, du sucre, tout ça émietté puis amalgamé, étalé en forme de galette un peu épaisse et doré avec un jaune d’œuf. Simple et délicieux, ma came.

  • Celui que tu ne partagerais sous aucun prétexte (même avec tes BFF ou ton âme sœur)

Aucun ! Pour moi, la cuisine, c’est le partage. Et je ne suis pas très secrète, comme personne.

  • Un plat scientifique

Découvert dans un bistrot un peu gastronomique (Léna et Mimile, dans le cinquième), les œufs basse température d’Hervé This (grand ponte de la cuisine moléculaire) (et oui, encore des œufs, c’est ma passion). Ils sont cuits à 65 degrés pendant une heure : le blanc coagulant à 62 degrés et le jaune à 68 degrés, cette cuisson conserve le moelleux du blanc, sans cuisson complète comme on la connaît pour un œuf dur, et le jaune reste liquide et savoureux !

  • Une chaîne Youtube ou un compte Instagram de bouffe que tu kiffes

Peaceful Cuisine, sur Youtube. Le type est incroyable, sa cuisine l’est tout autant. Tout y est essentiel, puissant, rugueux, précis : un véritable hommage aux aliments bruts, magiques pour eux même.

Et je ne peux pas finir une interview sur la bouffe et la littérature sans évoquer le terrible poème de Prévert, La grasse matinée – qui nous rappelle que la nourriture, en littérature, ce n’est pas seulement le réconfort, le partage, le souvenir (#madeleine), c’est aussi infiniment politique, organique, c’est le corps, parfois sublimé, heureux, exalté, apaisé – parfois aussi, en souffrance.  » Il est terrible, le petit bruit de l’oeuf dur cassé sur le comptoir d’étain, il est terrible ce bruit quand il remue dans la mémoire de l’homme qui a faim. »

 

Qu’est-ce qu’on mange ?

Broyé du Poitou

Pour cela il faut :

250g de farine
125g de beurre mou pas fondu
125g de sucre

2 œufs (dont 1jaune pour la dorure), un peu de vanille ou de rhum pour la variante

On mélange le tout (avec les doigts sinon c’est triché), on etale, on décore à la fourchette et hop on met ça au four (à 180 degrés) durant 20-25 minutes !

Le principe c’est de broyer ensemble le résultat obtenu avant de le déguster.
Comme dit Anne-Fleur : « Il faut imaginer les petites mains avides des cousins arracher des petits morceaux de bonheur goût beurre au moment où les adultes prennent le café »

Variante façon CookInBook :
Ajoutez une lichette de vanille et de rhum.

Bon appétit !

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Par Ambramissu aux fourneaux

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