Sucre et hanami

Le livre

Apres avoir été absolument retournée et bouleversée par La Naissance des cœurs de pierre, j’ai un peu hésité à replonger dans l’écriture lyrique mais acérée d’Antoine Dole. Pour dire la vérité j’ai surtout sauté le pas car je savais qu’il y avait matière à explorer de nouveaux mets pour le blog, mais franchement j’ai un peu l’impression d’avoir eu le beurre et l’argent du beurre.

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Ueno park ce n’est pas un roman c’est une multitude de vies, une multitudes de mal-être, de la rébellion, du renoncement, du dégoût. Comme les fleurs de Hanami, ce sont les bourgeons qui vivent leur derniers instant avant d’éclore sur une même branche, celle qui a poussé à l’écart, qui s’est rebellée contre la taille, ceux qu’on force à être roses, ronds, délicats. Et si finalement les bourgeons n’éclosaient pas, si les fleurs étaient bleues, vertes fluo, cubiques, si elles fanaient trop tôt, si leurs pétales s’envolaient trop loin. Loin de ce Japon traditionnel où le poids de la coutume, de la société, des non-dits, du paraître, tord les individualités, les torture, les enferme.

Ce roman c’est ça : 8 vies qui assistent par choix ou malgré elles à cette tradition, ce spectacle qui promet un nouveau printemps, le renouveau des traditions, la réalisation des souhaits. Mais si l’hanami était plutôt le renouveau, la différence, l’acceptation de la différence, l’acceptation de la fin d’une époque, de la fin d’un monde, de la fin de notre vie. Ueno park c’est la prise de conscience, c’est la jeunesse tokyoïte qui essaie de s’affirmer, de vivre par ses règles, loin des regards, consciente des travers du monde. Mais c’est un bien maigre espoir en réalité.

Oui, n’oublions pas quand même qu’on a affaire à Antoine Dole. Ici, le roman est bien plus lumineux que La Naissance des cœurs de pierre mais il reste d’un réalisme tranchant, un jeu d’ombres, voire de ténèbres, et de lumières.

Pourquoi on aime ?

Antoine Dole a cette écriture absolument polymorphe et unique, dense et acide jusqu’au malaise, néanmoins lumineuse et à fleur de peau qui vous plonge tout droit dans les sensations et les maux des personnages. Nous ne sommes presque plus lecteur, nous sommes témoin, nous sommes l’angoisse, nous sommes la révolte, nous sommes l’acceptation, la rage, la résignation.

Parce qu’on en apprend beaucoup sur les aspirations d’une certaine partie de cette jeunesse tokyoïte, sur ces mouvements alternatifs, sur ces jeunes qui tentent de s’affirmer (genderless kei), qui craquent parfois sous la pression sociale (hikikomori), l’absence de but et d’aspiration, ou au contraire qui renoncent sous le poids de l’histoire.

Parce que c’est le mystère, la mystique de cette culture japonaise mélangée au cru, à l’insoutenable, les sentiments qui submergent dans un kimono fleuri, à quatre épingles, sans laisser paraître, c’est la révolte intime qui n’a pas sa place sous ces cerisiers mais qui jaillit d’Hanami, car le printemps c’est aussi l’espoir.

Parce que tout en brisant nos cœurs, en tirant nos larmes, Antoine Dole a la délicatesse de nourrir notre âme, en mots mais aussi en mets, chaque nouvelle regorge de plats typiques de ce grand rassemblement, la nourriture qui lie, qui se partage, qui réconforte, qui promet.

Qu’est ce qu’on mange ?

Parmi ces nouvelles, une particulièrement m’a retourné le cœur et les papilles : les souvenirs doux et sucrés de Fuko qui doit accepter sa mort, se résigner, vivre son dernier hanami. Elle vit un dernier moment complice (et absolument insoutenable laissez moi vous le dire) avec sa sœur, et au milieu d’une immense tristesse (un abysse) elle se remémore : « Quand maman préparait des dorayaki juste pour nous. Le crépitement de la pâte en train de cuire dans la poële et cette odeur gourmande ».

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La recette

Dorayaki à l’anko

Le Dorayaki c’est un pancake japonais absolument doux et suave qui s’accompagne d’anko, la pâte de haricots rouge azuki.

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Pour commencer il faut donc réaliser l’Anko.

  • 125 g de haricots rouges (azukis)
  • 100 g de sucre
  • 30 cl d’eau + de l’eau à rajouter au fur et à mesure
Comme pour tout les produits secs il faut faire tremper les haricots durant une nuit.
Le lendemain, égoutter les haricots, les mettre dans une casserole avec le sucre (vous pouvez réduire la dose à votre convenance, cela m’a paru un chouilla sucré) et l’eau.
Porter à ébullition.
Couvrir et laisser cuire à feu doux jusqu’à ce que les haricots soit tendres, attention il faut bien vérifier de temps en temps. L’eau et le sucre vont vite former un sirop, s’il est trop caramélisé les haricots vont être enduits de sucre et durcir ce qui laissera beaucoup de morceaux. N’hésitez pas à ajouter de l’eau durant la cuisson donc et à remuer régulièrement. Personnellement j’ai fait cuire le tout 3h avant d’arriver au résultat voulu, notamment parce que je n’ai pas été assez vigilante en début de cuisson.
Une fois que les haricots sont bien cuits, mixez-les. Si la consistance vous parait trop compacte, vous pouvez délier avec de l’eau bouillante, il faut que l’anko soit facile à tartiner, comme une pâte à tartiner choco-noisette en fait mais plus grumeleuse.
Laisser refroidir et mettre en pots. Oui à moins de faire des dorayaki pour 15 personnes, vous aurez un peu de reste (qui se conservent une semaine au frigo).
Les Dorayaki :

pour 16 dorayaki (oui on est trois et on est très gourmands) :

  • 4 oeufs
  • 240g de farine
  • 150 g de sucre (si vous n’êtes pas fana de sucre vous pouvez baisser la dose)
  • 2 c à c. rase de levure chimique + 30 ml d’eau
  • 2 c à soupe de miel + une lichette d’extrait de vanille (je ne sais pas faire sans)
  • sel
  • une noix de beurre pour huiler la poêle, demi-sel of course

Pour commencer, battre et blanchir les œufs avec le sucre et le miel, une fois le mélange homogène ajouter la levure préalablement diluée dans l’eau.

Ensuite il s’agit d’ajouter la farine en la tamisant pour que la pâte reste bien lisse. pour ça j’utilise une passoire très très fine.

Ce qui est cool c’est qu’on a pas besoin de laisser reposer. Une fois que la poêle est chaude et bien beurrée, mettre à feu doux et verser un peu de pâte afin d’obtenir des ronds d’une dizaine de centimètres de diamètre. Lorsque la pâte commence à buller, retournez les dorayakis. Ils doivent être bien dorés de chaque côté, et si possible de façon uniforme (mais là me demandez pas comment faire), en effet leur nom vient de « dora » qui veut dire gong en japonais.

 

T’as vu, dans ce blog on parle littérature, on se nourrit et en plus on se cultive avec des fun facts linguistiques.

Méshiagalé et keep hope !

Par Ambramissu

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